Mara Lucchetti et Lucie examinent l’ADN des bactéries buccales de Lucie. Mara Lucchetti (à gauche) fait partie de l’équipe et aide à organiser l’atelier pour les Researchers’ Days.

Pourquoi les micro-organismes dans notre corps sont-ils si importants ?

Les micro-organismes sont très importants pour nos fonctions corporelles de même que pour notre santé en général. D’une part, ils jouent un rôle déterminant dans notre digestion. Notre intestin abrite toute une panoplie de bactéries, de virus, d’archées (organismes unicellulaires), de microbes eucaryotes (microbes qui possèdent un noyau cellulaire) et de champignons. Ensemble, ils forment la flore intestinale, également appelée microbiote. Le terme microbiome désigne l’ensemble du matériel génétique des micro-organismes. « Notre microbiote nous aide à digérer les aliments que nous ingérons et à en extraire les nutriments. Il y a même des vitamines qui ne peuvent être produites que par certaines bactéries, mais pas par notre corps. Certaines personnes ont peut-être déjà constaté que leur digestion ne fonctionne plus aussi bien après la prise d’antibiotiques. La raison en est que les antibiotiques ne tuent pas seulement les bactéries pathogènes qu’ils sont censés neutraliser, mais aussi certaines bactéries non pathogènes », explique Charlotte De Rudder, post-doctorante au LCSB.

Deuxièmement, ces micro-organismes jouent un rôle très important dans le développement de notre système immunitaire et peuvent même agir comme moyen de défense. « Les micro-organismes qui vivent dans notre intestin ou sur notre peau aident par exemple à lutter contre d'autres microbes qui provoquent des maladies. Ils contribuent aussi à entraîner le système immunitaire. Il a par exemple été démontré que les enfants qui naissent par voie vaginale et qui sont davantage exposés aux bactéries vaginales et intestinales de leur mère ont en moyenne moins de risques de développer des allergies, de l’asthme, un diabète de type I ou une maladie inflammatoire de l’intestin plus tard dans leur vie que les enfants nés par césarienne », explique Charlotte.

Mais il existe d’autres domaines, parfois encore relativement inexplorés, dans lesquels ces hôtes microscopiques nous font du bien. Ces dernières années, certaines études ont également identifié un lien entre les modifications du microbiome et les maladies neuropsychiatriques telles que la maladie de Parkinson et les troubles de l’humeur : « Les minuscules organismes présents dans nos intestins influencent même notre humeur, car certains d’entre eux produisent de la sérotonine, une hormone dite du bonheur, et d’autres neurotransmetteurs ! Actuellement, les scientifiques s’intéressent de très près à notre microbiote intestinal et ne cessent de faire de nouvelles découvertes », explique Charlotte.

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Différence entre les « microbes » et les « bactéries »

Le mot « microbe » ou « micro-organisme » est le terme générique pour tout ce qui n'est pas visible à l'œil nu, c'est-à-dire tout ce dont la taille est typiquement de l'ordre du micromètre. Les bactéries sont donc aussi considérées comme des microbes, à l’instar des virus, des champignons (par exemple, la levure), des algues unicellulaires et des protozoaires (êtres vivants unicellulaires qui vivent comme des parasites, par exemple l’agent pathogène du paludisme). Tous ces micro-organismes ont des caractéristiques et des propriétés différentes, leur seul point commun étant leur petite taille.

Que peut-on faire dans l’atelier « Nimools eleng , ëmmer mateneen : Living in a microbial world » au Researchers' Days?

Dans cet atelier du LCSB, les visiteurs en apprendront davantage sur la panoplie de microbes présents dans notre corps :

où dans notre corps les microbes sont-ils particulièrement nombreux et quelle est leur fonction ? À quoi ressemblent les microbes de la salive ou de la plaque dentaire au microscope ? Comment les microbes sont-ils cultivés et analysés en laboratoire ? Il y aura aussi un certain nombre d’expériences à réaliser. Les visiteurs pourront extraire et visualiser leur propre ADN et celui des bactéries buccales ou découvrir comment la levure produit du gaz.

Qu’est-ce que les Researchers’ Days ?

Le samedi 26 novembre, la Rockhal se transformera en un gigantesque laboratoire de recherche. Dans plus de 30 ateliers pratiques, des chercheurs et des institutions te feront découvrir leur travail scientifique. Nous t’invitons chaleureusement à venir toucher, tester et expérimenter !

Quand ? Le 26 novembre de 10 à 19 h

Où ? À la Rockhal à Esch/Belval

Entrée ? C’est gratuit !

Comment les micro-organismes nous protègent-ils des agents pathogènes ?

« Il y a des micro-organismes bénins et des micro-organismes nuisibles, et tout ce qui se situe entre les deux. Bien sûr, certains micro-organismes sont également à l'origine de maladies. Mais il y en a aussi beaucoup qui nous protègent contre des agents pathogènes », explique Charlotte. « Ceux qui nous protègent le font en colonisant notre intestin et en empêchant d’autres agents pathogènes potentiellement nocifs de s'installer. Ils défendent en quelque sorte leur place dans l'intestin. Par exemple, un microbiome sain tient généralement bien en échec la bactérie Clostridium difficile. Dans les hôpitaux, où les gens reçoivent souvent des doses élevées d’antibiotiques, les infections dues à cet agent pathogène sont plus fréquentes », explique Charlotte.

Que se passerait-il si nous n’avions pas de bactéries dans notre corps ? Pourrions-nous survivre ?

« Nous ne pouvons pas le dire avec certitude, car les expériences sur les humains qui permettraient de répondre à ces questions seraient très contraires à l’éthique. Nous savons toutefois, grâce à des expériences menées sur des souris, qu’elles peuvent certes survivre sans micro-organismes, mais que leur intestin est raccourci et qu’elles ne digèrent pas les aliments aussi bien que les souris dotées d'un microbiote. Elles sont par ailleurs beaucoup plus susceptibles aux maladies infectieuses. C’est ce que les scientifiques ont découvert en menant des expériences sur ce qu’on appelle des souris sans germes. Celles-ci ont été traitées avec des antibiotiques ou élevées et gardées de manière à ce qu’elles grandissent sans bactéries intestinales ni micro-organismes sur le corps. Les chercheurs le font par exemple quand ils souhaitent étudier l'influence ou le rôle d'un micro-organisme ou d'une bactérie spécifique dans l'organisme. Les êtres humains pourraient probablement aussi survivre sans flore intestinale, mais leur système immunitaire serait bien moins développé. Ils seraient plus vulnérables aux maladies et ne pourraient pas non plus absorber tous les nutriments de leur alimentation », explique Susheel Bhanu Busi, post-doctorant au LCSB.

Comment prendre soin de sa flore intestinale ?


« De manière générale, en adoptant un mode de vie sain. En premier lieu, grâce à une alimentation saine, riche en fibres et variée, avec une proportion importante d’aliments d’origine végétale, et en pratiquant une activité physique, de préférence en plein air », explique Charlotte. « Il existe aussi des préparations probiotiques, c’est-à-dire des préparations qui comportent par exemple des bactéries lactiques ou de la levure, et des aliments fermentés comme le yaourt, qui peuvent contribuer à la santé intestinale. Il est toutefois important de noter que seules les souches spécifiques ayant un effet scientifiquement prouvé sur la santé devraient être qualifiées de probiotiques et que tous les aliments contenant des micro-organismes vivants ne sont pas nécessairement considérés comme probiotiques. »

 

Sommes-nous plus microbes qu’humains ?

« On entend souvent dire que nous possédons plus de cellules bactériennes que de cellules humaines dans et sur notre corps. Cependant, selon de nouvelles estimations, le corps humain n’en compterait « que » autant que de cellules humaines. Ensemble, elles pèsent toutefois environ 0,2 kg. C’est à peu près l’équivalent du poids d’un pamplemousse », explique Charlotte.

La plupart des cellules bactériennes se trouvent dans l’intestin. On estime leur nombre à environ 4*1013, soit quarante mille milliards de cellules, ce qui représente 5 000 fois le nombre d’humains sur Terre.

« Mais il est vrai que notre corps compte plus de gènes bactériens que de gènes humains. Selon les estimations, nous possédons environ 100 fois plus de gènes bactériens que de gènes humains. Cela est dû au fait qu’une panoplie de bactéries différentes vivent dans et sur notre corps, avec des informations génétiques très différentes. »

 

 

Auteure: Lucie Zeches (FNR)
Editeurs: Michèle Weber (FNR), Linda Wampach (FNR), Melanie Reuter (FNR)

Traductrice: Nadia Taouil (t9n)

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